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Parole à Monsieur Bruno BUISSON porteur du projet NEUROSERVICE Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Bruno Buisson, créateur de la société NEUROSERVICE, réalise des tests pharmacologiques in vitro pour le Système Nerveux Central (SNC) sur la base de techniques électrophysiologiques ...

 

 Quelle est l'origine du projet NEUROSERVICE ?
J'ai travaillé dix années en tant que chercheur durant lesquelles j'ai appris les techniques électrophysiologiques et les concepts pharmacologiques les plus poussés. Les techniques électrophysiologiques consistent à mesurer les micro-courants ou les micro-variations de potentiel associées au fonctionnement des neurones et en particulier au fonctionnement des canaux ioniques qui sont dans les membranes. Suite à cela, je suis passé du monde de la recherche académique au monde de l'entreprise et j'ai travaillé chez TROPHOS (Marseille). Dans cette entreprise j'étais en charge du département pharmacologie et j'ai pu utiliser une partie des techniques électrophysiologiques que je connaissais pour comprendre le fonctionnement de molécules, identifier des cibles, des mécanismes d'action, etc. Cela a permis à TROPHOS de développer et réorienter certaines molécules vers des pathologies qui n'étaient pas préalablement ciblées.
Je me suis rendu compte que ces techniques avaient une forte valeur ajoutée lorsque l'on voulait comprendre le mécanisme d'action de nombreuses molécules. En effet, elles permettent de faire de la pharmacologie très poussée, c'est-à-dire " fonctionnelle " ; elles permettent de suivre " en direct " l'interaction de molécules avec le fonctionnement de protéines qui se trouvent dans la membrane des cellules.
Ces techniques ont permis à TROPHOS de faire des avancées importantes dans ses programmes de drug development et j'ai réalisé que cela pouvait intéresser d'autres entreprises à l'échelle de la planète. L'idée me vint alors de créer une société qui proposerait en service des tests standardisés en électrophysiologie pour évaluer et documenter les effets de molécules sur le Système Nerveux Central.
Après maturation pendant six mois le projet a été lauréat du concours tremplin entreprises 2005 ce qui lui a donné un peu plus de " lustre "  auprès des organismes bancaires. L'arrivée d'Olivier TOURY dans le projet a donné un coup de fouet à l'optimisation du business plan et nous sommes passés alors à une phase de négociation avec les banques. Une analyse financière des besoins en fonds propre de la société par rapport à son  développement nous a conduit à préférer le circuit de prêt bancaire à celui des fonds de capital risque. Olivier LUBRANO (Expert-comptable) a apporté, et continue d'apporter, une expertise financière et juridique précieuse pour NEUROSERVICE.
Il faut savoir qu'un grand nombre de société dans le domaine de la biotechnologie font appel à des capitaux risqueurs du fait d'un retour sur investissement plus long, Le modèle économique de NEUROSERVICE repose sur un cycle de ventes court. La probabilité d'arriver à un équilibre financier rapidement était forte même si ce n'était pas gagné d'avance.

Quels sont les liens entre le projet NEUROSERVICE et la Recherche publique ?
Nous avons dans nos associés les Professeur Yehezkel Ben-Ari (fondateur de l'INMED) et Daniel Bertrand (Université de Genève, Suisse) qui n'interviennent pas de façon opérationnelle mais qui ont un rôle de consultant scientifique. Mais il serait incorrect de dire que NEUROSERVICE est une spin-off d'un laboratoire public. Me concernant je n'étais plus dans le public lorsque j'ai lancé le projet puisque je travaillais chez TROPHOS depuis 6 ans et mes autres associés viennent tous du secteur privé aussi. Le partage et la complémentarité de nos expériences industrielles (R&D, production, marketing et ventes, finances, assurance qualité, etc) a été une des clés du succès de NEUROSERVICE.
Notre société finance aussi avec la Région PACA la thèse d'une étudiante en formation à l'INMED.

Le projet NEUROSERVICE a été incubé au sein de l'Incubateur Inter-universitaire Impulse entre 2006 et 2008 ; que retirez-vous de cet accompagnement ?
Nous avons profité d'un réel appui et d'une écoute attentive. Très concrètement, outre quelques conseils apportés par la chargée d'affaire de l'époque, cet accompagnement nous a permis d'être mis en relation avec des personnes du pool experts de l'incubateur. Cécile Bernouin de CAP CLIENTS nous a apporté toute son assistance en termes de présentation de l'offre et d'approche du marché. On peut dire qu'Impulse nous a  aidé à nous faire connaitre en finançant nos premières actions de communication et de présentation de NEUROSERVICE. Grace à l'incubateur Impulse nous sommes allés à notre premier salon qui se déroulait en Amérique du nord et nous avons pu financer notre premier stand.

Aujourd'hui, où en est la société NEUROSERVICE ?
La société a démarré avec des emprunts bancaires ainsi que des aides ponctuelles comme celle d'Impulse et d'OSEO. L'aide de l'INSERM à travers l'accueil au sein de sa pépinière de l'INMED a aussi été une aide très concrète, puisque nous avons été hébergé deux années dans des conditions très favorables et à un prix très compétitifs.  En automne 2008 nous nous sommes implantés dans la zone d'activité des Milles à Aix-en-Provence sur 500 m2 de locaux réaménagés.
Nous avons fait une très bonne année 2008 en termes de chiffre d'affaires (800 k€). Nos clients sont des grands groupes pharmaceutiques et des sociétés biotech et nous vendons nos prestations dans le monde entier : en 2008 c'est 100% du chiffre d'affaire qui a été réalisé à l'export dont 50% aux Etats-Unis et 50% en Europe et au Japon.
Au niveau des évènements financiers, le capital de départ de la société a été multiplié par 5 en incorporant les bénéfices des deux premiers exercices. La société est donc en équilibre dès ses premiers exercices et elle a une rentabilité opérationnelle de haut niveau. Ceci dit, nous sommes toujours dans une optique de développement et d'autofinancement. Nous voulons contrôler l'entrée des capitaux et surtout garder le contrôle aussi longtemps que possible.

Pouvez-vous nous parler plus précisément des produits et services que NEUROSERVICE propose ?
Nous avons un catalogue avec un grand nombre de tests " standards " qui nous permettent de valider, d'invalider et/ou de documenter l'effet d'une molécule sur des cibles identifiées dans un protocole bien déterminé avec des tranches de différentes régions du cerveau et de la moelle. Nous avons aussi des tests " sur mesure " destinés à répondre à des besoins spécifiques des clients. Nous leur délivrons un rapport constitué d'un certain nombre de mesures. Le client a aussi accès à toutes les données brutes. Enfin, quand il est nécessaire, nous pouvons faire du consulting et donner notre avis sur l'effet ou l'absence d'effet d'une molécule.
Concernant la technologie MEA (Multi-Electrode Array) nous avons un portefeuille d'une vingtaine de tests standardisés mais nous répondons aussi parfois à des besoins spécifiques. Par contre, sur la plateforme technologique le " Patch-Clamp " nous ne faisons que du " sur mesure " vu le nombre infini de protocoles réalisables.

Quelles évolutions envisagez-vous pour la société ?
Nous avons procédé par étapes et par capacité d'évolution et d'autofinancement. Au départ nous avions une plateforme technique que nous continuons aujourd'hui de développer : la plateforme Multi-Electrode Array. Nous avons par ailleurs déposé un brevet qui nous permettra de développer un robot.
En l'espace de 3 ans nous avons acquis une réputation de leader mondial dans la mise en œuvre et l'utilisation de cette technique à l'échelle industrielle.
Depuis que nous avons déménagé dans la zone des Milles nous avons une plus grande surface disponible et donc, comme prévu, nous avons développé une deuxième plateforme qui utilise une autre technique electrophysiologique : le " Patch-Clamp ". Cette technique nous permet de voir beaucoup plus finement les effets de molécules et d'investiguer plus en détails les mécanismes d'action.
En termes de fonctionnement et de consolidation des activités de la société nous comptons en 2010 reconstruire la partie des locaux où se trouve notre animalerie. C'est notre grand chantier pour l'année prochaine. De plus, cette animalerie nous permettra de lancer une ligne de produits supplémentaires dans la mesure où nous avons des demandes de sociétés qui souhaiteraient que nous traitions au préalable les animaux par l'injection de produits pour ensuite faire des tests in vitro sur des tranches de cerveau des animaux traités.
Concernant le développement commercial de NEUROSERVICE, nous avons pour objectif de continuer, chaque année, notre croissance en termes de chiffre d'affaires.
Cette croissance sera possible en poursuivant notre stratégie de développement sur le marché du Drug Development mais également en nous positionnant sur des nouveaux marchés  représentant de véritables relais de croissance à moyen terme comme celui de la Toxicologie (où notre valeur ajoutée est d'évaluer les effets neutres ou pas de molécules agro chimiques, cosmétique, agro-alimentaire sur le système nerveux central). Nous souhaitons également poursuivre notre développement sur le marché Asiatique et nous projetons de participer au prochain Salon des Neurosciences en Asie (le 33ème salon du JNS : Japan Neurosciences Society) prévu fin 2010.
La croissance de NEUROSERVICE sera enfin rendue possible par la montée en compétence continue des équipes grâce à des formations adaptées et un accompagnement managérial.

Enfin le challenge à l'échelle de deux-trois ans sera de se sortir des locaux actuels où nous sommes locataires afin d'investir dans nos propres murs. Car si nous continuons au rythme de croissance actuel, nous risquons d'être rapidement à l'étroit d'ici 2-3 ans.
Bien que ce ne soit pas un objectif en soi, je pense qu'une maîtrise de notre activité passe par une maîtrise complète de notre environnement. Il me tient particulièrement à cœur de concevoir et faire réaliser un bâtiment qui soit complètement autonome énergétiquement. Nous souhaitons nous inscrire dans une logique de développement durable. Aujourd'hui nous essayons de nous impliquer dans cette voie et nous minimisons au maximum les déplacements en utilisant principalement le téléphone, les e-mails et en communicant par vidéo conférence avec nos clients. Nous gagnons donc du temps mais aussi nous diminuons la consommation énergétique liée aux déplacements.

 
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