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Projet issu de l'équipe de Toxicologie Cellulaire, Moléculaire et Génomique de l'INRA Sophia Antipolis, Cell Impact développe des services dans le domaine du métabolisme et de la toxicologie in vitro pour les sociétés pharmaceutiques, biotechnologiques et chimiques. Caroline Boccioli : Quelle est l’origine du projet Cell Impact ? Sylvie Barcellini : Le projet Cell Impact trouve ses origines dans le laboratoire de toxicologie cellulaire de l’INRA (Sophia Antipolis), avec Roger Rahmani (son directeur) et Georges de Sousa (Ingénieur). Leurs travaux de recherche ont permis de développer des approches et modèles innovants dans le domaine de la pharmaco-toxicologie cellulaire appliquée aux médicaments et aux produits chimiques en général. Dans ce domaine, ils disposent d’une longue expertise reconnue tant au niveau national qu’international.
Dès 1994, ils intéressent l’industrie pharmaceutique et établissent des contrats de valorisation industrielle. Compte-tenu de la forte demande en matière d’évaluation toxicologique sanitaire et environnementale des produits chimiques, ils ont été amenés à s’orienter vers la création d’une structure indépendante. Dans ce contexte de valorisation, l’organisme de tutelle des chercheurs joue un rôle majeur, notamment par le biais d’une convention d’hébergement établie entre l’INRA et Cell Impact.
CB : En quoi consistent le projet et son innovation ? SB : C’est un projet de société de services, dans le domaine de la toxicologie, dont l’objectif est de fournir aux industriels une prédiction optimale de l’effet des entités chimiques chez l’homme et pour son environnement. Nos prestations sont effectuées in vitro, sur des modèles alternatifs à l’expérimentation animale. Elles comprennent des tests biologiques, de l’expertise associée et une l’aide à la décision. L’activité de service pour l’industrie pharmaceutique, chimique, cosmétique ou agro-alimentaire est personnalisée.
Du fait des enjeux économiques liés à des coûts de développement importants, seuls les groupes pharmaceutiques ont recours à ces tests depuis plus de dix ans. Dans ce domaine, la vigilance accrue des agences nationales d’évaluation des risques ainsi que l’évolution de la réglementation européenne ouvrent de nombreuses perspectives en termes d’opportunités de marché. Quand les consommateurs sont à la recherche de produits plus sains, dénués d’effets secondaires, le marketing produit évolue et les grands groupes n’hésitent pas à utiliser des arguments tels que « Non testé sur animaux », « Activité scientifiquement prouvée », « Sans Paraben »,… De nombreux indicateurs vont ainsi dans le sens d’un renforcement des activités de service en toxicologie prédictive.
Notre innovation repose aujourd’hui sur la pertinence des modèles biologiques et des outils modernes de biologie cellulaire, d’imagerie ou de modélisation mathématique utilisés. Le savoir-faire protégé est basé sur la maîtrise de l’utilisation des cellules du foie, les hépatocytes, qu’ils soient d’origine animale ou humaine.
CB : Quel est l’état actuel du projet ? SB : Nous souhaitons créer la société rapidement, dans quelques mois au plus tard. Actuellement, nous terminons la mise en place des stratégies de commercialisation et de communication. Les contrats qui lient Cell Impact à l’INRA sont finalisés et nous lançons des partenariats industriels. Nous œuvrons par ailleurs à la structuration de l’activité « laboratoire » car le transfert de la recherche académique à une activité privée demande une réorganisation structurale profonde. Par exemple, nous commençons à mettre en place les BPL (Bonnes Pratiques de Laboratoire), leur obtention étant déterminante pour lancer l’offre de services sur certains segments de marchés.
Au niveau commercial, nous avons des contrats de prestation de services en négociation et un projet R&D en discussion avec un grand compte industriel.
CB : Quelle évolution envisagez-vous pour le projet ? SB : A long terme nous souhaitons nous positionner en tant qu’acteur majeur de l’innovation toxicologique, grâce au développement d’outils biologiques pertinents et à la réalisation de prestations toujours plus prédictives dans le domaine de la toxicologie in vitro.
Pour atteindre ces objectifs, nous planifions plusieurs projets de R&D et mettons en place une stratégie de validation des tests par les agences internationales.
A court terme, nous ciblons préférentiellement l’industrie pharmaceutique dont la demande est en bonne adéquation avec notre offre. Les autres secteurs de marché seront ciblés dans un second temps.
Nos prévisions de chiffre d’affaires sont basées sur un doublement annuel pour les trois premières années avec des embauches prévues parallèlement (deux en 2009, deux en 2010 et deux en 2011).
CB : Vous n’êtes pas à l’origine du projet. Quelles sont les avantages et les inconvénients majeurs de cette situation ? SB : Je ne suis effectivement pas à l’origine du projet. Les agents de la recherche académique ont la possibilité de valoriser leurs travaux de recherche par la voie de la création d’entreprise. Depuis la loi 1999 sur l’innovation, trois dispositifs sont à leur disposition et offrent de réelles perspectives en termes de valorisation et de création. Cependant la situation s’avère être particulièrement difficile dans certaines conditions. Quand les agents publics ne souhaitent pas quitter leur fonction dans la recherche académique et créer eux-mêmes l’entreprise, le recrutement du porteur de projet devient une question majeure et particulièrement délicate : à qui confier son « bébé », est-on prêt à le faire ? Où trouver la personne qui a les compétences requises, tant « business »-compétences que « techno »-compétences ? Et quand un porteur est trouvé, se pose alors la question délicate de sa rémunération. Comment un laboratoire public peut-il trouver un financement dédié au salaire de son porteur ? Les solutions sont malheureusement rares et quoi qu’il arrive, les carences du système incitent à la définition d’un poste non dédié à la mission réelle. Certains projets restent « orphelins » et n’aboutissent pas. J’en appelle alors à une réflexion sur la mise en place de budgets « salaires de porteur », obtenus auprès des instances concernées par la valorisation de la recherche publique.
Quand on a la chance de pouvoir tout combiner, la nouvelle équipe se met en place, un regard nouveau se pose sur le projet : peut-être plus objectif, avec plus de recul, mais avec certainement beaucoup moins de connaissances ! Il est par conséquent primordial que les concepteurs du projet fassent l’effort de révéler tous les éléments dont ils disposent sur le projet et qu’ils acceptent de le partager ; alors que le porteur, lui, doit au contraire s’intégrer dans le projet et faire sa démarche d’adoption. Dans ce contexte, l’essentiel est avant tout d’apprendre à bien se connaître, de gagner une confiance mutuelle, tout en commençant à travailler efficacement. Rien ne peut se faire dans la précipitation et le temps est dans ce cas le meilleur des alliés. Les équilibres précédents ont été perturbés, il faut en construire de nouveaux ; les objectifs tant communs que personnels doivent être redéfinis, les valeurs de la société doivent être fixées.
Tandis que le porteur assumera souvent à lui seul la prise de risque, il doit être assuré de l’investissement futur des associés qui sont en général les seuls à détenir, au démarrage, l’expertise et le savoir-faire. Avec le temps, leur rôle peut être minoré car en parallèle, pour l’entreprise, il est essentiel que le transfert des compétences se fasse, dans l’objectif d’acquérir une autonomie et une valeur économique propre.
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